Voici un hymne à l’amore déclaré à l’Italie, à la région des Pouilles, à Polignano a Mare, ce village perché, cette « vieille ville s’est construite sur la roche. Les pêcheurs se sont installés dans un quadrilatère de rues qui sentent le sel, les embruns ».
C’est l’histoire d’une résurrection, d’un sauvetage in extremis, d’une amitié improbable, d’un sentiment de fierté retrouvée.
Gianni Desmond, dandy aux Repetto blanches impeccables, imbibé de gin, de Campari, fumeur de Vogue, triste pilier du Piper Club à Rome dans les années 80 « Un élément du décor du club aussi essentiel que les cubes de lumière sur lesquels dansent les oiseaux de nuit. » nostalgique de Nico de Taranto, son amour perdu et d’une époque révolue où le Club brillait par la présence d’artistes, Renato Zero ou Patty Bravo, dans ces nuits romaines, mythiques dix ans plus tôt.
Le hasard mettra sur la route de Gianni, la pulpeuse chanteuse Punk, Carmela, femme au grand cœur, et son fils Giacomo. Quand ils ne sont pas en tournée, ils vivent à Polignano a Mare, dans une vieille maison « J’aime que la maison reste en l’état, qu’elle lutte avec les vents, le sable d’Afrique, le sel qui la brûle ». Séparée du père de Giacomo, Luca, un adulte-chanteur resté ado, qui n’a que faire d’un môme dans ses pattes, Carmela accueille Gianni chez elle, d’abord un temps, puis un temps plus long, parce qu’entre elle, lui et Giacomo le gamin, ça matche, ça colle, ça fait naître des sentiments inconnus. Mi amore – mi amicizia.
Et petit à petit, au fil des jours, Gianni va laisser tomber son costume « qui vaut plus cher que la rangée d’alcool disposés au-dessus du comptoir », trop aspergé de mauvais parfum ; va ôter ses Repetto et enfiler des tongs, apprendre à plonger avec Giacomo, limiter les Vogue et les Campari, dormir la nuit, déguster le Caffé aux terrasses baignées par le soleil au petit matin, et même se faire un nouvel ami : un libraire amoureux de tous ses livres, qui parle de lui à la 3ème personne, doux, précieux, si aimable avec sa clientèle.
Et puis le drame. Un coup du sort inattendu, que tous les protagonistes vont savoir accepter. Et dépasser.
Beaucoup de poésie dans ce roman lumineux, déclaration d’amour à la mer, à l’Italie, aux Pouilles, à Rome, à Fellini, aux flâneurs, aux noceurs, à la cuisine et à langue « à l’odeur des abats mijotés des heures dans la sauce tomate, du pecorino et de la friture des suppli ».
Et puis, un style. L’alternance de narrateur, tantôt en JE, tantôt en IL ; des phrases courtes, des chapitres express, de la poésie, des chansons ; une écriture comme une vague sans fin avec ses flux, ses reflux, tout confère à donner de la puissance au roman et à souligner la fragilité des personnages empreints d’une profonde humanité.
A savourer sans modération.
Philippe Fusaro, d’origine italienne, est libraire à Valence. Il a publié plusieurs romans aux Editions La fosse aux ours, avant de rejoindre le catalogue de Sabine Wespieser.
Claude Muslin
Solo Tu
Philippe Fusaro
Editions Sabine Wespieser
Mars 2026


