« Le dernier roi de Marettimo » de Grégoire Domenach

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3 copains dans leur île natale en Sicile, Marettimo. Le troisième sera juste évoqué. Des deux autres l’un s’appelle Cesare et l’autre Zino. L’un vient d’une famille de pêcheur, l’autre de l’aristocratie italienne.

Ils s’en foutent du fric, ils adorent les échecs. Sans le savoir encore, l’un sera le pion, l’autre le roi. Avant de devenir roi, Zino connaîtra la fuite, l’arrivée en France, la guerre, la résistance, la milice, Mauthausen. Il subira la torture, il verra la mort dans toutes ses horreurs, il sera un mort vivant jusqu’à ce que les Américains libèrent le camp. 

Rentré en France il va devenir le roi du ciment. Il est riche, il connaît de Gaulle. Mais la richesse ne s’obtient pas sans magouille.

Comment se bâtir avec l’intégrité d’agir en reconnaissant que “le souci essentiel est d’être dans la vie à la hauteur de l’inconnu qui nous attend” ?

La vie n’est pas un jeu d’échec et il peut être très difficile de “survivre à soi-même”.

Après cinquante ans sans donner de nouvelles Zino revient à Marettimo. Il retrouve Cesare, ensemble il retrouve les lieux de leur enfance et Zino raconte toute son histoire, elle traverse la période de la guerre, la reconstruction, la colonisation. C’est plein de rebondissement, d’événements. Ça foisonne d’histoires, l’une par-dessus l’autre et encore et encore. Le désir de puissance, les magouilles, la lâcheté, les remords, l’impasse.

Grégoire Domenach avec talent décrit l’horreur et l’opulence. Les suppliciés balancés au-dessus des falaises et les virées en Facel Véga.

Cesare écoute. Et nous aussi, lecteur, on écoute. 

Quand Zino interroge Cesare, il avouera “qu’il est de la race de ceux qui s’en foutent et ça me va bien.”

Au fur et à mesure de la lecture je me suis senti comme Cesare.

Au crépuscule de l’existence quelle différence y a t’il entre un pion et un roi si ce n’est la prétention du pouvoir. Contre elle la défense sicilienne peut se révéler très efficace 

Vers la fin du livre, Cesare citera ce proverbe sicilien : “le meilleur mot est celui qu’on ne dit pas.”

Peut-être pensait-il à : échec et mat ?

Philippe Sturbelle

Le dernier roi de Marettimo
Grégoire Domenach
Éditions Christian Bourgeois
2025