C’est l’histoire d’une famille qui court après sa grand-mère qui a quitté ses deux enfants pour le bout du monde dans les années 1960. Une si longue absence ponctuée de très rares nouvelles qui a traumatisé sa fille. Quand Arcélie rentre seule à Paris une quarantaine d’années plus tard, ce sont ses trois petites-filles qui iront à la rencontre de leur grand-mère pour comprendre son destin si troublant. C’est leur mère qui les envoie, car Ève refuse de parler à Arcélie, c’est pour elle un fantôme qui la hante depuis la mort de son mari, quand elle l’a abandonné avec son frère Maurice. Et le jour où les trois filles arrivent devant son immeuble, rue des Pyrénées, les pompiers avec leur grande échelle leur interdisent l’accès aux étages.
Ainsi débute, comme un thriller, cette recherche du temps perdu qui est bien plus qu’un secret de famille. C’est Carole qui nous donne les premiers éléments : Veuve à 33 ans, Arcélie s’est occupée de ses deux enfants, avant de disparaître à l’étranger. Son mari Aurélien, notaire à Lyon, lui avait laissé une bonne fortune, de quoi entreprendre des séjour humanitaires dans des pays lointains, jusqu’à ne plus revenir et de n’envoyer que quelques photos et messages succincts. J’y vois là, écrit Carole, le parcours d’une grande bourgeoise qui, après avoir élevé ses enfants se lance dans l’action caritative. Avec, cependant, plus d’engagement que d’autres, plus de distance aussi avec sa propre famille. Cependant, ce fut longtemps pour ses petites-filles, une grand-mère mythique au milieu de plantes exotiques. Sauf que pour leur mère Ève, le ressentiment est irrémédiable, surtout quand dix ans après son départ, Arcélie envoie une photo d’elle avec un homme et une fillette, leur enfant Anaïs. Éve explose « j’en ai rien à foutre du bonheur de ma mère ». Pour elle cette petite Anaïs , c’est une sœur du même âge que sa fille, la dernière, Nina. Nina l’originale, l’imprévisible, qui ressemble tellement à sa grand-mère, qui porte l’héritage d’Arcélie !
Mais cette réalité, on la découvre à travers le journal intime d’Arcélie que Carole a trouvé et nous livre dans de longs chapitres du roman, alors que ces secrets de famille étaient en partie connus de sa sœur aînée Élyse; Cachottière, et entretenant une complicité avec notre mère, elle ne voulait pas les partager avec nous… Tout aujourd’hui est réuni pour le drame de famille, déclenché par ces visites à la grand-mère revenue. Avec ces questions qui surgissent chez Carole : Parfois je me suis demandée s’il n’aurait pas eu une double vie, la bas à la radio… que nous étions nous un simple point d’encrage. Papa, atone au quotidien, lui qui a une voix si forte quand il cause dans le poste…? je ne le connais pas vraiment… d’ailleurs moi-même est-ce que je connais bien David avec qui je vis ?
Ce destin d’Arcélie, est-il comme une transgression inacceptable dans cette famille bourgeoise, qui se questionne sur ses propres choix, qui se contente de sa vie peinard, moi j’ai l’impression d’avoir surfé sur ma vie sans félicité ni cauchemar, sans jouissance ni larmes de feu, ça me désole et ça me convient. Tout le contraire de Nina qui a tenté les montagnes d’Afghanistan, avec assez de désinvolture pour se retrouver enceinte et se demander si elle doit avorter. Et surtout d’en parler à Arcélie ! Qui vient de leur proposer une séance de spiritisme, qu’elle avait découvert après le décès d’Anaïs ! Avant d’argumenter : Comme Victor Hugo !
Yves Izard
La passion d’Arcélie
Cécile Gouy-Gilbert
Éditions Complicité
(2025)



