“Un monde à refaire” de Claire Deya
Au cinéma, La zone d’intérêt emmenait les spectateurs « à côté » d’un camp de concentration pendant la guerre 39/45.
En littérature, Un monde à refaire emporte ses lecteurs « juste après » la fin de la guerre 39/45.
La période de l’immédiat après guerre est fascinante. Les français en liesse et tout à leur bonheur d’en avoir fini avec les privations et la peur ont du mal à imaginer leur Côte d’Azur dévastée « et ses plages plus dangereuses que le septième ciel de l’enfer », parce que toutes minées.
Et c’est là la qualité de ce premier roman ; nous faire vivre de l’intérieur cette période. Nous scotcher aux 409 pages du livre pour palpiter avec les protagonistes, espérer qu’ils s’en sortent entier, qu’ils soient français ou allemands.
Vincent le prisonnier évadé cherche Ariane, Fabien le résistant pleure Odette, Hubert le plus âgé de l’équipe, presque 40 ans, Enzo, Georges, Manu, Max et les autres démineurs français doivent travailler, main dans la main, avec Lukas, Klaus, Matthias et les autres prisonniers allemands.
Pour pouvoir vivre, faut-il pactiser avec l’ennemi ? Cette question est la veine de ce roman.
Et puis il y a les femmes. La veuve Mathilde, Léna la patronne du café, Audrey l’ex amie de Vincent, Saskia, rescapée des camps de concentration. Un microcosme qui se débat dans un pays exangue pour retrouver qui sa liberté, qui son amour, qui sa maison ...
Un monde à reconstruire ou à inventer. Il faut de l’audace, du courage et surtout de la concentration à ces hommes qui ont choisi, ou pas, de faire partie des équipes de démineurs. Sans eux, point de salut !
L’auteure connaît parfaitement les caractéristiques des mines « celle prétendument facile à neutraliser, en réalité reliée à une autre mine, reliée elle aussi à une autre, une autre encore ... qui, toutes en même temps, fatalement, explosent. « C’était l’effet du blast, tant redouté, qui détruit tout à l’intérieur, sans pitié ».
Le suspense est à son comble avec une intrigue bien construite qui permet d’aborder d’autres thèmes comme la délation, la vie dans les camps, la trahison, le pardon, l’oubli ...
Les dialogues percutent ; les fins de chapitres appellent les suivants, comme un « page-turner ».
Beaucoup de personnages se croisent, se cherchent, se perdent et se retrouvent ; peut-être un peu trop pour le lecteur peu concentré ?
Un premier roman réussi. L’auteure est scénariste et historienne. Ce qui ne gâche rien.
Un monde à refaire
Claire Deya
Grand prix RTL-Lire 2024
Les Éditions de l’Observatoire (2024)











