Rendez-vous des Automn’Halles avec Alain Rollat
Ça n’est pas faute d’avoir prévenu, mais les présents auront passé un moment rare avec Alain Rollat ce matin, au Bar du Plateau. Venu présenter, principalement, ses
Mémoires du centre du Monde, soit l’exacte équidistance entre la salle de rédaction du journal du même nom et Coustouges, le village de naissance de sa femme. Qu’il a réussi à mettre dans toutes les têtes des journalistes, comme révélateur d’une pensée, d’une vision de la démocratie avant que le pouvoir la ternisse, par nature. Rollat, chargé de suivre le micro-parti de Le Pen père, d’une brève de ci de là, puis de couvrir sa résistible montée, jusqu’aux lendemains qui s’annoncent et risquent d’avérer la prédiction, 30 ans après, du menhir de Montretout : quand la gauche déçoit et se délite, c’est lui qui en ramasse les fruits. Mais il n’y eut pas que ça, ce matin, sous la question d’Yves Izard (et quand deux grands reporters se côtoient, il faut pouvoir la prendre, la parole ) : on parla de l’identité (sétoise), un peu, de la baraquette dans l’impasse de ses grands-parents, de l’émerveillement d’un enfant de six ans embarqué sur un cargo pendant trois semaines, d’un produit de l’école laïque, privée et militaire à la fois, ému de se souvenir des hussards de la République qu’il a croisés sur son chemin. Plus largement, de son envie d’être journaliste, quand il a découvert qu’on pouvait vivre de cela. De la contrainte dans l’écriture, quand il faut livrer une chronique, le jour de la victoire en coupe du monde de foot, en 98, et qu’il n’a ni idée, ni réserves. Il finira par livrer les 1200 signes en conversant avec le ballon lui-même. De l’humour, des anecdotes à foison chez cet homme qui, pêle-mêle, compte encore en vietnamien et a
fait — dans ce que la presse tient comme pouvoir de mettre en avant quelqu’un et lui donner une crédibilité — François Hollande. On serait bien resté plus longtemps à discuter avec ce contemporain capital, surtout à l’approche d’une échéance qui, dixit cet optimiste irréductible, signera le début d’une autre ère, d’une autre République. Un signe ne trompe pas, en rencontre, c’est le nombre de livres vendus après. Et la volonté de prolonger l’instant, en buvant un verre, dans ce bar qui accueille nos rendez-vous. Refaire le monde, tout le monde sait faire; mais refaire le Monde n’est pas donné à tout le monde. Juste à ceux qui étaient là.
Mémoires du Centre du Monde
Alain Rollat
Cap Bear Éditions
Mars 2024 - 260 pages - 18 €











