"Plage arrière" de Mildred Simantov
- Claude Muslin
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture

Plage arrière est une ode à la vie, un pied de nez à la mort et une belle histoire d’amour.
« Je suis né pendant que ma mère dormait. » La phrase revient comme un leitmotiv dans le récit. Blague potache de son père ou volonté de blesser, Yvon se pose encore la question. Ce qui est sûr, c’est que le milieu dans lequel il a grandi, entre un père qui a quitté sa famille, une mère carriériste et une sœur absente, le complexe un peu par rapport à Alice, son amoureuse morte il y a un an, fille unique, choyée, gâtée par la vie puis gâtée par le Crabe qui en pince pour elle et ne la lâche plus.
L’action se situe entre Paris et une île grecque, pas nommée, où séjournèrent Yvon et Alice ; une île battue par les vents, victime de son succès l’été avec l’arrivée des touristes, assez petite pour limiter les voitures, puis lieu de résidence d’artiste pour Yvon après le départ d’Alice.
Il est beaucoup question de touristes « le touriste se recharge dans son « room to rent ». La plage s’annonce. Elle est muette, sidérée par tant de ballons et de transats, de paddles et de plastiques, de sièges et de plateau pliants » ; il est question aussi de vent, le meltem qui « ventile l’air en vitesse maximum », d‘automobiles, parce qu’ils sont des marqueurs d’époques, qu’ils offrent à Yvon de la matière à souvenirs d’enfance, de famille, de petits détails qui s’ancrent dans la mémoire. De souvenirs heureux qui donnent la force de vivre.
Yvon et ses questions ; Alice et ses réflexions. Sur l’ombre et la lumière. Les lignes et les points. L’ombre et le soleil. Sur le temps qui passe. Sur la mort, la vie, la vie d’Yvon après la mort d’Alice. Tout en riant, en se chamaillant, en s‘aimant.
Le ton du récit est alerte, vif, enjoué, poétique ; l’écriture ciselée ; les chapitres brefs, titrés ; des phrases soulignés « Je dormais pendant qu’Alice mourait » « Se laisser atteindre par les choses insignifiantes » « Cette fois on a été malades toute l’année » et des dialogues serrés rythment la narration.
Quant au titre « La plage arrière » d’une voiture ou d’une plage, il rappelle le transit, l’espace entre deux lignes, entre deux moments, entre la journée et la soirée, « entre maillot et petite laine » entre la vie et la mort.
« Mildred Simantov est artiste. Elle vit et travaille entre Paris et village en mer Egée (entre deux). Plage arrière est son premier roman ».
Claude Muslin
Plage arrière
Mildred Simantov
Ed. Les corps conducteurs
Mars 2026



