"Belette" de Mye
- Marie-Ange Hoffmann
- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 4 heures

Avis aux braves lecteurs ! Risque d’infarctus suite à piqûres de rage vitale !
« Je suis de la cabosse et de la dévale » Je, c’est Belette, une petite fille de 13 ans – « Je suis rien. Rien que Belette. Et c’est beaucoup. » Ce prénom n’est pas anodin quand on sait que la belette est le plus petit mammifère carnivore du Vieux Continent et que son petit gabarit ainsi que son corps long et fuselé lui permettent de se faufiler dans un trou. C’est dans un bunker sur la plage qu’on retrouve Belette. La cabosse avec son alcoolique de père violent, ça la connaît. Alors, elle s’enfuit à toute allure, avec Babine, sa bicyclette, son âme-sœur, aussi cabossée et increvable qu’elle. Ce jour-là, son amoureux « Pierre fesses-trop-hautes », rate son acrobatie à cause d’«un baiser qui colle » et finit aux urgences. Il n’y aura hélas pas de « baiser qui colle ». Belette, à l’aide de bougies, fait revivre son fantôme dans son refuge où, par instinct de survie et grâce à son pouvoir d’imagination enfantine folle mais lucide, elle recrée un monde loin du vide qu’elle a connu, de celui des adultes « qui se mordent la langue mille fois avant de dire qu’ils ont envie, qu’ils veulent ou qu’ils aiment, tellement ça leur fout la pétoche ». Elle revendique haut et fort son désir de vie, de liberté, de rêves, d’amitié, d’amour. Des rencontres de personnages singuliers et marginaux, au demeurant très attachants, l’initient à la libération des émotions, à la communion avec la nature. Il y a Bruno, « Salopette Bouton d’Or », le mécano du Bon Dieu, le poète, le protecteur ; Léon et ses sacs plastiques qui dansent avec les mouettes ; la « femme Imperméable » à la robe aux fleurs jaunes.
La nature, qui n’est pas étrangère à la poésie et à l’humour qui irriguent abondamment le récit, participe de la métamorphose de Belette. Elle affronte la fureur du vent et de la mer – « Alors, je me redresse, la plus droite possible. Je me vide dans le vent. Je me sens vaciller, je le sens vaciller. Sûr qu’il est étonné qu’un corps comme ça lui tienne tête. Alors, il me gifle avec ses rafales de premières lignes. J’absorbe ! il me percute. J’absorbe. Je sais absorber moi ! » … » Moi et mon cri, on a repoussé le vent, on lui a flanqué une raclée. Et la mer a flanqué une raclée au ciel. Tout s’est calmé. » et plus loin, elle nous régale avec sa description d’une imagination désarmante de naturel : … « la plage et moi, on est pareilles. Comme des sœurs. Elle a ses petites dunes, ses petits seins pas tous arrivés sur la ligne, [Belette a un problème avec ses seins qui ne poussent pas assez vite et pas pareils], ses platitudes, ses petites morsures et ses cicatrices en bord de marée, ses liquides sombres, ou transparents, ses tempêtes sifflantes »…
Belette, qui ravale ses sanglots et conjure sa souffrance en croquant dans des croissants chauds, en cajolant sa bicyclette, invente des mots, recrée la réalité. Elle refuse de se laisser enfermer dans un langage normé, comme sa copine « Coco, elle a p’t’être le vocabulaire qui faut plus que moi, mais elle sait pas faire de l’image à elle. Elle dit juste ce que les autres disent. C’est pas beaucoup. Elle a rien à elle quand elle parle. Elle parle la langue des autres, le courant, des trucs qui camouflent pour que ça contente tout le monde. Du coup, elle a le mot maigrelet, y a rien à bouffer dessus, on reste sur sa faim. Moi, j’ai plein de trucs à moi… »
Ajoutons encore que l’autrice est très attachée à la poésie, qu’elle joue admirablement avec le son et le rythme des mots et des phrases, si bien que la lecture, malgré la rudesse du propos, en devient douce. Oui, assurément, cette Belette restera longtemps dans nos mémoires.
« Moi, Belette, je suis en orbite.
Moi, j’ai quitté la planète.
Avec mes morts.
Sur le porte-bagage.
Je pars en voyage. »
Née en 1976, l’autrice est passée par le théâtre, la danse, la poésie, elle signe avec Belette son premier roman.
Marie-Ange Hoffmann
Belette
Mye
Éditions Le Tripode
2026



