« Solo tu » de Philippe Fusaro

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C’est un récit empli de délicatesse qui prend le parti de la beauté intemporelle, sous la forme d’un hymne à l’Italie, pays de lumière cher au cœur de l’auteur. Rome dans les années 1980 vibre de ses nuits incandescentes de la Dolce Vita. Gianni, l’anti-héros du roman, vit ses derniers sursauts de noctambule dans son night-club favori, le Piper Club. Dandy en déclin de brillance, silhouette fatiguée, qui « vit l’été à Rome dans de la ouate imbibée de gin, de Campari, de vermouth…un cendrier sale avec une cigarette Vogue qu’il oublie sur le bord, et se consume de solitude et d’ennui. » Au Piper Club, ce soir-là, l’événement n’est pas le concert punk, qui manque d’attrait pour Gianni, mais la rencontre improbable et burlesque dans les toilettes pour hommes avec Carmela, jeune femme qui n’a pas froid aux yeux et respire la joie de vivre. Elle n’est pas seule. Avec elle son jeune fils, Giacomo, qu’elle nomme tendrement Mino et qu’elle confie pour la soirée à Gianni, tandis qu’elle rejoint son bassiste de compagnon. Et la vie de Gianni va basculer : Carmela va lui offrir une chance de salut. Elle l’invite à venir dans sa maison dans les Pouilles au bord de l’Adriatique. « Il fera bon et la mer sera encore chaude, lui dit-elle. Cela te fera du bien. Avec Giacomo, nous allons te remettre sur pied. » Et se remettre sur pied, il en a sacrément besoin. Il accepte, lui qui ne quittait jamais ses Repetto blanches et Rome encore moins. Carmela lui ouvre grand les portes de sa maison suspendue au bord de la mer. Un lien d’amitié forte se noue immédiatement entre les trois solitudes, la femme, l’homme et l’enfant, bientôt rejoints par la libraire du village, un personnage merveilleux. Les rires, les cafés du matin, les dîners tardifs, les plongeons dans la grande bleue rythment les journées, le temps s’étire, la vie est tissée de complicité, de tendresse et de pudeur.

 C’est ainsi que Gianni va se réconcilier avec son mal de vivre et renaître à sa vie d’homme. La possibilité « d’effacer les chagrins qui le minent depuis tant d’années, oublier une mélancolie qu’il traîne comme une ombre trop grande pour un seul homme. » se fera concrète.

Très attaché à son pays d’origine, l’auteur entremêle les courts chapitres d’intermèdes de musique, de poésie, faisant résonner les sons mélodieux de la langue italienne et éclater la lumière d’un été qu’on rêve de ne jamais quitter.

A l’encontre de la folle violence qui sévit dans le monde actuel, il fait bon de rêver à un autre monde où l’amour, l’empathie et la solidarité ont leur place.

Marie-Ange Hoffmann

Solo tu
Philippe Fusaro
Sabine Wespieser éditions
2026