« Darwin et les bas-bleus » de Françoise Lavocat

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Darwin et les bas-bleus, titre de roman bien énigmatique dans lequel Françoise Lavocat, chercheuse universitaire française, spécialisée en littérature comparée et théorie littéraire, nous livre un texte à la fois historique et fictionnel qui interroge la disparition des femmes du monde littéraire au XIXe siècle. Pourquoi a-t-on peur des femmes de lettres au point de les discréditer en leur collant l’étiquette méprisante de « bas-bleus » ?


Entre 1815 et 1848, à travers les destins croisés d’Adélaïde Hadot, fille d’écrivaine, et de Sophie Gay, romancière reconnue, se dessine une fresque foisonnante où se mêlent personnages réels et figures imaginaires. En effet, les héroïnes ont bel et bien existé : Adélaïde Hadot est une jeune journaliste de mode qui nous emmène au début du roman au Congrès de Vienne en Autriche avec en poche une mission d’espionnage pour le compte du gouvernement français. Sophie Gay est la mère de Delphine de Girardin, elle-même grande figure littéraire sous l’Empire et la Restauration, épouse de Emile de Girardin, fondateur et directeur de plusieurs journaux qui a révolutionné le monde éditorial. Ces trois héroïnes n’ayant pas la même origine sociale (Adélaïde Hadot appartient à la classe ouvrière tandis que Sophie Gay et sa fille évoluent dans les cercles aristocratiques et parisiens), elles participent toutes trois à leur manière à l’intrigue romanesque et historique. Autour d’elles gravitent savants, espions, éditeurs et intrigants, tandis qu’une conspiration intellectuelle et politique s’organise pour discréditer les femmes de lettres, réduites à l’étiquette méprisante de « bas-bleus ».


Il faut saluer le travail énorme de documentation historique et littéraire auquel l’écrivaine s’est attelée. C’est un roman érudit et palpitant, qui n’a pas la facture de roman historique classique car Françoise Lavocat manie habilement et magnifiquement bien l’agencement du fait et de la fiction. Pour expliquer la campagne de haine déclenchée contre les femmes auteurs (lesquelles au demeurant jouissaient d’une reconnaissance avérée pendant les trente premières années du XIXè), et leur élimination brutale et là aussi avérée (en particulier par la plume venimeuse de Barbey d’Aurevilly), l’écrivaine a recours à la fiction ; c’est ainsi qu’elle imagine un complot de chauve-souris !


« Si l’on expliquait simplement, mais avec force et conviction, aux auteurs, aux libraires, aux journalistes, les causes de la décadence des lettres et des mœurs, on pourrait peut-être les engager à endiguer, d’une façon ou d’une autre, cette marée, ce torrent, cette avalanche d’écrits de femmes. Comment ? en les dénigrant ? en les moquant ? Bien. En les surpassant ? mieux. Mieux encore : en les ignorant ! « … « Nous avons aujourd’hui posé les bases de notre entreprise de régénération de la littérature et de restauration du goût. »


Revenons sur le titre : pourquoi Darwin ? probablement parce que les théories de l’évolution ont dû jouer un rôle dans l’histoire de ces femmes qui prenaient beaucoup trop de place dans le milieu littéraire. Ces héroïnes en sont d’autant plus émouvantes et le lecteur sent perceptiblement que l’autrice les aime.
J’ai personnellement beaucoup apprécié ce roman, en ai admiré la maîtrise, et – cerise sur le gâteau – ai enrichi mes connaissances de l’histoire littéraire.


Les éditions Station Zapata sont partenaires de notre festival et y seront présents avec leurs livres.

Marie-Ange Hoffmann

Darwin et les bas-bleus
Françoise Lavocat
Station Zapata Editions
2026