“APRÈS” de Raphaël Meltz

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Un roman court comme la vie. Un texte d’une finesse, d’une justesse, d’une originalité autour d’un sujet délicat : la perte brutale d’un être cher et comment elle résonne chez ceux qui restent. Comment vivre, après. Le sujet du roman pourrait être oppressant, étouffant. C’est le contraire. Il est lumineux, touchant, troublant, émouvant…  

Lucas, 47 ans, cycliste du dimanche, part faire une balade en vélo dont il ne reviendra pas. Mort sur le coup. Il laisse une femme et deux adolescents pas du tout préparés au drame qui brise leur vie.

Le narrateur, Lucas, depuis l’autre côté du miroir, va rester près de sa famille le temps nécessaire à son retour à la vie. Être là sans être là. Voilà toute la question. « Un jour, à leur tour, ils connaîtront la minute à tout sentir, le mois à tout entendre, l’année à tout voir, et le reste à tout savoir. »

Ce décompte du temps précipite Lucas vers sa vraie fin. Le compte à rebours a commencé depuis la minute où « il s’étonne de ces goûts multipliés, ces goûts superposés » quand il est tombé lourdement sur le sol. Sentir, entendre, voir, toucher, savoir ; tout ce qui constitue les petites choses du quotidien, les habitudes de vie de la famille deviennent alors indispensables pour être au plus près de la vérité intérieure de chacun, pour emporter le plus longtemps possible le bonheur avec soi dans l’au-delà.  

Quand il voit sa femme jouer au piano les Variations Goldberg de Bach, il se demande si elles pourront adoucir ses nuits. Quand il se laisse bercé par la voix délicate de Lorenzo prononçant des mots de refus, quand la colère de Sofia peut enfin exploser car trop souvent contenue pour mieux protéger sa mère et son frère, Lucas apprend et comprend qu’il doit se laisser envahir par des mots, des sons, des odeurs aussi, comme le parfum framboise de la cigarette électronique de sa fille.

Le regard du fantôme se pose, se déplace, avance, recule, au gré de ses besoins, de ses envies. Et ce temps qui s’étire et qui efface le souvenir des êtres aimés au fur et à mesure qu’il s’allonge, est un instant volé à l’éternité.

Si le roman n’était pas écrit du point du vue du narrateur, il serait identique à tous les romans qui traitent du sujet, et ils sont nombreux. Mais ce n’est pas le cas. Avec des mots simples, des mots de tous les jours, et la présence du fantôme de Lucas, le narrateur nous envoûte et nous scotche au récit. Cet amour inconditionnel que porte Lucas à sa famille, et que sa famille lui porte, transpire à chaque ligne.

C’est pour moi une belle découverte que cet auteur, journaliste, fondateur du journal Le Tigre, attaché culturel à l’ambassade de France aux Mexique quelques années, romancier un temps sous le nom d’Hadrien Klent, co-auteur de la bande dessinée Des Vivants pour lequel il reçoit le Prix spécial du Jury au festival d’Angoulême en 2022.

Claude Muslin

APRÈS
Raphaël Meltz
Éditions Le Tripode
(2025)