Beyrouth. Janvier 2010. Hussein, barman, se demande « qui est cette fille qui danse seule le soir après avoir avalé quatre doudous ». C’est Alice, jeune journaliste reporter, toujours volontaire pour des reportages « sur le terrain ». Quand l’histoire est en train de s’écrire, Alice veut être là.
Aidée par Paul, son ancien professeur, correspondant pendant plus de quinze ans à Beyrouth, Alice part au Liban, lasse d’attendre une potentielle embauche dans un journal. Elle parle (un peu) l’arabe, ce sera facile de s’intégrer. De son père algérien, Rabie, éditeur, grand lecteur, elle héritera de cette envie de lire. D’écrire. De comprendre le monde. Elle n’a que 15 ans quand il est mort. Sa mère Lydia, protectrice, maternelle, reste l’unique lien familial d’Alice.
Seule et déterminée, Alice se demande « comment se raconte une révolution ? » tout en sirotant une bière au fond d’un bar et en peaufinant ses interviews pendant la nuit. Elle apprend vite. Ses premiers refus de reportages sont commentés par son ami Paul :« les journalistes racontent ce qui se passe, c’est en cela que consiste leur métier. L’analyse, c’est le travail des chercheurs. »Quant à Bassem, un collègue journaliste, il la défie : « Il questionne cette prétention à vouloir couvrir l’actualité d’un pays mieux que ceux qui y vivent. » Bassem. L’idéaliste. L’amour au coin des yeux quand il embrasse du regard le visage d’Alice. Idéaliste mais réaliste : « la révolution, c’est plus profond que sortir dans la rue (…) C’est le combat de plusieurs générations. » Et imprudent, quand il fait l’amour avec Alice « hors mariage »…
Beryrouth, Le Caire, Alep… toujours plus vite, toujours ailleurs. Alice fuit d’un pays à l’autre, et se fuit elle-même. Son pays d’origine, l’Algérie, elle ne le connaît pas. C’est la rencontre avec Ilyes, un jeune migrant algérien, à la recherche de sa mère dont il est soudain sans nouvelle (elle lui avait dire à jour : « nous aussi on aura une vie de télévision ») qui va lui offrir l’occasion de nouer avec le pays de son père une relation toute neuve.
Le 2e roman d’Hajar Azell est un roman patchwork. Rêves – Révolus – Révolutions, les trois chapitres tissent les récits de vie des protagonistes de Paris à Oran en passant par Beyrouth, Le Caire et Alger entre 2010 et 2013. Y sont abordés les rêves et les désillusions que le Printemps arabe a fait naître dans chaque pays où il a fleuri ; le métier de journaliste reporter ; le rêve des migrants et la quête de sens de sa propre vie.
L’écriture est journalistique, des phrases courtes, tout en détails visuels qui donnent vie à l’ensemble.
Vivement le 3e roman.
Claude Muslin
Le sens de la fuite
Hajar Azell
Éditions Gallimard
(2025)



