Comme un ressac, l’auteure nous ballotte de mer en mer. De plage en plage. De l’Atlantique à la Méditerranée. Sous l’eau, dans le huis-clos poisseux d’un sous-marin porteur de missiles nucléaires de la Royal Navy ; hors de l’eau, à l’air pur, sur les plages de Bretagne et de la côte catalane.
Adrian Ramsay, la quarantaine, une des premières femmes à embarquer sur « ces grosses bêtes aussi appelées SNLE pour Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins »—dont la vocation de sous-marinière s’est vu confirmée par le « plaisir amniotique »qu’elle a pris au moment de la dilution, quand le sous-marin plonge— entame une première vie « les carrières de sous-mariniers étant courtes » avant de revenir dans le monde des vivants, où une seconde vie, bien différente, l’attend.
Dans la première partie du roman, Adrian Ramsay ne songe qu’à une chose : « évoluer dans les profondeurs ». En tant qu’experte en acoustique, devenue « oreille d’or », elle est un membre incontournable de l’équipage.
Dans la seconde partie du roman, elle redevient la jeune femme solitaire, fille unique d’un père veuf vaincu par la maladie, qui n’a rien construit « qui ressemblât à une vie affective », qui « choisissait ses amants de passage dans l’obscurité trouble des pubs ».
Jusqu’au jour où…
Sa vie bascule le jour où elle rencontre deux hommes.
Arthur, plongeur scientifique à la station biologique de Roscoff et photographe amateur du fond des abysses et Abel, le fils aveugle de son patron Paol. Arthur va aider Abel par affection pour son patron, sans savoir que cet engagement va bouleverser sa vie, celle de son protégé, et celle d’Adrian.
L’écriture du roman frise la poésie, s’attache à transcrire, par le menu, la vie dans un sous-marin. Scrute les sentiments des protagonistes, entre dans les retranchements humains comme le bateau s’enfonce dans la mer. C’est un morceau de bravoure que ce roman ponctué par des références historiques, littéraires, mythologiques ; des citations d’auteurs emblématiques des profondeurs comme Jules Verne ou Herman Melville. Par touches. Sans alourdir le récit.
Romancière, poétesse, dramaturge, nouvelliste, traductrice ; récompensée par de nombreux prix, Emmanuelle Favier a plusieurs cordes à son arc. Son arc narratif bien entendu.
Claude Muslin
Écouter les eaux vives
Emmanuelle Favier
Éditions Albin Michel
(2025)



