Auteur/autrice : Jocelyne Fonlupt

  • « Un seul œil » de  Michèle Pedinielli

    « Un seul œil » de Michèle Pedinielli

    Dans son ouvrage choral « Un seul œil », Michèle Pedinielli alterne les souvenirs de Dan (colocataire et âme sœur de la détective Ghjulia Boccanera, dite Diou) plongé dans le coma à la suite d’un accident suspect et l’enquête sur un événement dramatique qui touche de près l’ex de Diou, le commandant Santucci. 

    En toile de fond, Nice, une ville en proie à la folie de bétonnisation des édiles (ça rappelle Sète). Une chienne (qu’on a déjà rencontrée dans un précédent roman), l’amoureux de Dan, les amies déjantées de Diou, la sœur du commandant et quelques autres figures tout aussi surréalistes complètent le tableau.

    C’est trépidant avec de beaux moments de réflexion sur la vie et forcément la mort, l’amour, l’amitié… Ce sont des personnages hauts en couleur, mais aussi des gens de tous les jours tels qu’ont pourrait les croiser à Nice ou ailleurs. Le tout dans une écriture vibrante parfaitement maîtrisée.

    Jocelyne Fonlupt

    Un seul œil
    Michèle Pedinielli
    l’Aube noire
    2025

  • « Les Flots rances de l’Arno » de Michèle Pedinielli

    « Les Flots rances de l’Arno » de Michèle Pedinielli

    Gabriella, la « fille » du Poulpe, débarque près de Florence pour aider ses vieux amis à sauver, après une crue spectaculaire de l’Arno et de son affluent, ce qui peut l’être des trésors que recèle l’Institut Ernesto de Martino, un centre de collecte et d’archivage de chansons italiennes.

    Un squelette est découvert dans l’une des caves du bâtiment…

    Sous le titre « Les flots rances de l’Arno », avec en épigraphe de chaque chapitre des vers extraits de « Contessa », l’hymne des mouvements contestataires du Mai-68 italien, Michèle Pedinielli tricote ici un épisode particulièrement réussi de la collection « La Fille du Poulpe ».

    Elle met au service de ceux qui luttent pour la justice et la liberté, dans un monde lui aussi en pleine crue, son écriture précise, acérée mais aussi élégante. Sa dédicace ne laisse planer aucun doute : « Pour Stefano et Lia, et pour ceux qui ne se résignent pas, en Italie et ailleurs. »

    Cerise sur le cantuccini, le livre se termine par : 

    « Una mattina, mi sono svegliato

    O bella ciao, bella ciao, bella ciao

    Ciao, ciao… »

    Jocelyne Fonlupt

    Les Flots rances de l’Arno
    Michèle Pedinielli,
    éd. Moby Dick,
    2026

  • “Le Sigisbée” de Mathilde Desaché

    “Le Sigisbée” de Mathilde Desaché

    Joli roman qui s’inspire des amours de celui qui n’est pas encore Stendhal. La Sérénissime dévoile ses charmes au travers de ce roman épistolaire parfaitement maîtrisé. Et l’on découvre avec bonheur le rôle du Sigisbée dans la brillante Venise du XVIIIe siècle, cet homme choisi par l’époux pour servir de chevalier servant à son épouse. 

    La belle Catarina, couverte de dettes laissées par son défunt époux, vit désormais au couvent. Sa fille Giulia, née du trio amoureux, lui a été enlevée encore enfant par l’un de ses pères. Par le truchement de son ami Henri Beyle, Catarina lui fait parvenir des lettres pour tenter de lui rendre sa véritable histoire… Toute la grâce et tout le charme de Venise avant que les armées napoléoniennes ne les éteignent. 

    Jocelyne Fonlupt

    Le Sigisbée
    Mathilde Desaché
    Éditions Finitude
    2026

  • “Lever la tête” de Pinar Selek

    “Lever la tête” de Pinar Selek

    En 1995, la jeune sociologue turque Pinar Selek entreprend une recherche sur les origines du mouvement de résistance kurde. C’est alors la mise en œuvre d’une politique de la terre brûlée dans le Sud-Est anatolien, qui contraint à l’exil 2 à 3 millions de personnes. Sa recherche porte sur les pratiques culturelles et les stratégies mises en place par un peuple que l’État turc cherche à éradiquer.

    Pinar Selek est arrêtée, torturée et emprisonnée. Son travail de recherche est interrompu. Ses notes sont saisies et détruites. Elle refuse de dévoiler les noms de ses interlocuteurs. Elle est accusée de terrorisme par le pouvoir turc. Contrainte à l’exil, elle vit aujourd’hui en France mais continue de faire l’objet de procès en Turquie.

    Vingt-sept ans plus tard, elle tente de reconstituer la recherche entreprise à partir de ce que lui restitue sa mémoire. Et c’est l’objet de cet ouvrage Lever la tête. Au-delà de ce qu’on y apprend des pratiques culturelles d’un peuple, c’est toute la question de la répression du savoir et de ceux qui le diffuse qui émerge. Et en ce sens, il dépasse largement la question kurde pour atteindre à l’universel.

    Jocelyne Fonlupt

    18 février 2026

    Lever la tête
    La recherche interdite sur la résistance kurde
    Pinar Selek
    Université Paris Cité Éditions
    2026