Auteur/autrice : Florence Monferran

  • “Meurtre sur l’île des marins fidèles” de Hubert Haddad

    “Meurtre sur l’île des marins fidèles” de Hubert Haddad

    Une auberge au bord des falaises près de Bristol (Angleterre), un adolescent auquel son père mourant lègue le seul livre qu’il n’ait jamais lu, un vieux loup des mers lui confiant, entre les pages, une mystérieuse carte… Et nous voilà plongés dans une réinterprétation de l’œuvre de Robert Louis Stevenson, L’île au trésor.

    Rhys Landor, le jeune héros, s’imagine en Jim Hawkins. Il gagne seul un Bristol intemporel qu’aucune référence datée ne rattache au réel. Il retrouve un médecin charitable, le Dr Pingleman. Ce dernier l’entraîne dans son rêve fou d’embarquer sur une réplique de l’Hispaniola. Le navire mythique de Stevenson, créé pour les besoins d’un film par son ami cinéaste William Bostry, va bientôt prendre le large.

    La nasse se resserre sur nous alors que l’aventure prend doublement corps. L’écrivain nous plonge dans l’illusion où comédiens (faux marins) et figurants (vrais contrebandiers des mers) s’entremêlent. Le présent et le passé, réalité et rêve se confondent, comme l’affectionne Hubert Haddad, à différents niveaux (livre de Stevenson dans son livre, film dans le livre). « Rhys vivait dans un monde redoublé d’un grand miroir de mots » glisse l’auteur. En effet, le récit avance en des jeux de miroirs, comme les deux navires, l’Hispaniola et le Reckless, chargé de le filmer.

    De prime abord, le roman réveille nos souvenirs enfantins, l’émerveillement des premières lectures, l’imagination toutes voiles dehors. Le foisonnement des descriptions et des personnages sortis de L’île au trésor et du livre nous y incite, dans un rythme enlevé. Des rebondissements à multiples détentes, quand on croit suivre le chemin du trésor, nous perdent jusqu’au final, dont nous ne divulguerons rien.

    Mais le récit s’emballe, le suspense s’accélère dans la seconde partie du roman, reléguant la recherche du trésor au second plan. Nous voici saisis par « la danse ensorcelée des ouragans », tempête des éléments et déchaînements humains, quand les masques tombent en même temps que les cargaisons clandestines. L’humour, présent dans la constitution des personnages et des scènes, avec le capitaine Frog, le lieutenant Memory, le Cyclope, Poing-Clos ou Pretty Fox, vire au sombre, au très sombre. 

    Peut-être le héros, double rêvé de Jim Hawkins, cherchait-il aussi à retenir entre les pages, comme la carte glissée par le Contre-amiral de la Pêche-aux-clous, le fantôme de ce père disparu, nous emportant dans sa quête initiatique à travers la mer d’Irlande. Avec l’innocence victorieuse de Rhys, c’est le pouvoir de l’imagination qui triomphe des combats maritimes et intérieurs.

    Depuis cet ouvrage, paru en 1994, que les Éditions Zulma ont eu la bonne idée de rééditer en collection de poche, Hubert Haddad a tracé son chemin en quelques récits majeurs, couronnés par un Grand Prix de littérature de la SGDL (2013). 

    Florence Monferran

    Meurtre sur l’île des marins fidèles
    Hubert Haddad
    Éditions Zulma
    (2024)

  • “Les routes de la soif” de Cédric Gras

    “Les routes de la soif” de Cédric Gras

    Les routes de la soif, voyage en Asie Centrale avec Cédric Gras

    Dès les premières phrases, le ton est donné, le décor posé : une route cabossée, des passagers ensommeillés, des pêcheurs clandestins s’échappant dans la nuit au bord de ce qui reste de la Mer d’Aral, côté Kazakhstan. Cédric Gras nous embarque d’emblée pour une longue traversée des steppes de l’Asie Centrale jusqu’aux glaciers du Pamir. Nous voilà plongés au cœur de paysages aussi éblouissants qu’inhospitaliers, d’enjeux économiques, géostratégiques, humains. Son œil de géographe, son expérience de l’Eurasie, sa plume l’inscrivent dans une lignée  d’écrivains-voyageurs. « Un voyage à rebours, d’une mer disparue à sa genèse glaciaire » remonte ce qui était le delta du fleuve Amou-Daria jusqu’à ses sources himalayennes.

    Le périple, long de 2800 kms, est d’abord observation du scientifique, « une quête des eaux, un voyage de sourcier ». Depuis les années 1960, la Mer d’Aral ne cesse de s’évaporer. Elle a disparu à 90% aujourd’hui. Son assèchement tient à l’épuisement de l’Amou-Daria, l’immense fleuve endoréique (1), pompé pour l’irrigation des pays arides qu’il traverse. Il finit là, fantomatique. Toute l’Asie Centrale, aux plaines nues et sans nuages, est quadrillée de canaux dérivant ses eaux. « Une vraie plomberie à ciel ouvert » assure cultures et autonomie économique de ces ex-républiques soviétiques. A Moynaq, qui fut le port le plus florissant de la mer d’Aral, « les dernières carcasses [des grands chalutiers de pêche] gîtent dans les dunes de sable », décor apocalyptique pour touristes et influenceurs. Puis les noms s’égrènent, parmi les contrées les plus hostiles de la terre. Nous apprenons de ce voyage les noms de capitales inconnues, Noukous, celle du Karakalpakstan, Kiptchak, où il pleut une fois par an, les oasis agricoles comme celle d’Ourguentch où le fleuve n’est plus qu’un entrelac de bras au milieu des champs de coton et de riz. En Ouzbékistan, la route toute droite nous donne avec lui « un vertige horizontal dans le vide du pays ». Nous sommes confrontés à l’hermétisme du désert de Karakoum et surtout du Turkménistan qui l’abrite. Pays de dunes et de pierrailles, il recèle d’immenses champs de gaz. Nous nous habituons peu à peu à un vocabulaire, des orthographes inaccoutumées. Nous nous nourrissons de langman et de plov, de chachliks, au milieu des saxoubs plantés par milliers et des barkhanes (2).

    Après avoir passé tous les barrages policiers de ces pays loin d’être émancipés des pratiques anciennes, pointe la frontière afghane. Le voyage se poursuit côté Tadjikistan. Il touche à son but pour ces alpinistes chevronnés, qui ont « bouffé du désert »pendant de longs mois : explorer le 3e pôle, les glaciers de l’arc himalayen, ses torrents tumultueux à traverser, le barrage de Nourek à atteindre, longtemps le plus haut du monde. L’Amou-Daria n’est plus que sources multiples. La fonte du plus long glacier du monde, le Fedchenko (77 kms), les alimente. Depuis la vallée du Bakhtang, dans un autre désert, minéral celui-là, de longs jours de marche les attendent, sur une piste bordée de précipices. « Aucun sentier, aucun repère, aucune trace humaine ». Au 8e jour, le plateau glaciaire offre ses paysages éblouissants. Le but atteint, « Tout le monde est serein. C’est un aboutissement pour tous ». Le récit s’achève là, net.

    Mais il va bien au-delà. A travers cette expédition, Cédric Gras, accompagné du réalisateur de documentaires Christophe Raylat,« prend le pouls du monde ». Il questionne et documente des thématiques d’une actualité brûlante. « Nous remontons la piste de l’eau, la filière de la soif, l’origine de la vie ». Ces républiques riveraines, englobées dans l’URSS, n’étaient point rivales. Complémentaires, elles s’échangeaient les denrées. Aujourd’hui concurrentes, elles mènent une lutte pour leur survie. Mais leur coton et leur riz pousse au détriment de tous ceux en aval d’eux. Inquiétude de tous aujourd’hui, l’Afghanistan construit aussi en amont son canal, de Qash Tepa, pour se préserver des famines. Une guerre de l’eau est possible, une catastrophe écologique est certaine. Le sel imprègne les sols, lessivés… à grandes eaux pour répandre pesticides et fertilisants de synthèse.

    Dès le protectorat russe fin XIXe siècle, les tsars pensent à inonder les steppes. Les Soviets (plan Staline puis Khrouchtchev) l’ont fait. Ils ont même songé à ensemencer les nuages pour faire pleuvoir. Tous les grands projets hydrauliques sont despotiques, dans l’histoire humaine.

    Un doute s’insinue chez Cédric Gras sur l’intérêt de ses observations : « Pour être honnête avec soi-même, voyager ne procure que peu de réponses sans documentation annexe, préalable ou consécutive ».

    Pourtant, il nous renseigne directement depuis le terrain sur les (dés)équilibres de cette région, qui forme un véritable continent intérieur à l’Asie. Il documente ses républiques autoritaires, la présence policière partout, les Chinois aussi, et un formidable matériau : l’humain, donnant parole et corps à ses interlocuteurs, d’Ali à Rafsan, jusqu’à Anatoli, guide des glaciers.

    Son doute sur le sens du voyage se renforce au vu du tourisme de masse qui progresse, notamment en Ouzbékistan. Quelle part les explorateurs ont-ils pris, ouvrant la voie ? Khiva, Boukhara, fournissent des « décors de rêve pour touristes 5.0, en voie de folklorisation avancée » ployant sous les souvenirs camélidés et les hôtels-caravansérails.

    Le voyage à rebours, de la mer aux origines, se voulait à l’écart justement de ces routes touristiques empruntant les pas de Marco Polo. Pourtant, l’auteur est lui aussi saisi par les vestiges d’une histoire très ancienne, multiculturelle, jusqu’à très contemporaine, de ces contrées.

    Il rallie « les mythiques cités ». Khiva, à la frontière turkmène, se dresse à l’intérieur de ses remparts de boue séchée. Rasée par Gengis Khan, plaque tournante du commerce d’esclaves au XVIe siècle, ses céramiques murales, ses dômes, sa medersa subjuguent tout visiteur par leur éclat. Cédric Gras n’atteindra par Merv contemplée par Alexandre le Grand, et ses cités enfouies, rasées par les Mongols. Arrêté par la police au Turkménistan, il poursuit quand même jusqu’à Turkmenabat, où il retrouve l’Amou-Daria, « frontière mythique entre les mondes antiques ». Côté ouzbek, Boukhara prospère aujourd’hui au milieu des champs de coton et des vergers. Là encore, la beauté des lieux, la richesse des dynasties (hellénistiques, perses, turques) qui s’y sont succédées le captivent.

    Dans la région de Bactriane, se dessinent les premiers reliefs et l’Amou-Daria retrouvé. « C’est le fleuve originel, presque sauvage, qui coule sous nos yeux, tel que l’a contemplé Alexandre le Grand » qui y épouse Roxane. Termez, « cette lisière d’empires » à la frontière de quatre pays actuels fait rêver tout voyageur (3). Et Cédric Gras de lâcher, comme un aveu : « Qui n’est pas fasciné par l’épopée des steppes, les batailles homériques, les terres abreuvées de plus de sang que d’eau ? les rives de l’Amou-Daria sont hantées de civilisations perdues ». Marco Polo, dont l’ombre tutélaire plane aussi sur ce périple, a été le premier à passer dans le massif du Pamir, dans cette vallée resserrée de défilés étroits. « Le regard perdu et le soir tombant, je crois un instant le voir cheminer sur une sente aérienne ».

    Matthieu Tordeur, jeune aventurier polaire, rejoint l’expédition au Tadjikistan. Il propose de faire des stories sur Instagram, « c’est plus dans les livres que ça se passe aujourd’hui (…) Ce sur quoi il n’a pas tort ». Mais aucun instagrameur ne saisira une photo, une story de 2800 kms de long, 248 pages, des centaines de personnes rencontrées, des saxoubs et des barkhanes, des glaciers géants en figurants. Magie de la plume, elle fixe tout cela en une seule vision. Là-haut, « des rougeurs éphémères embrasent les mosaïques de séracs. L’ombre grignote peu à peu les dernières flèches dorées par le couchant ». Souhaitons avec lui une nouvelle aube. Car l’Amou-Daria, un des quatre fleuves du Paradis selon le géographe Ibn Battûta, pourrait bien se tarir aussi avec le réchauffement climatique. L’enfer est à ses portes.


    (1) Endoréique, l’Amou Daria se jette dans les terres, la mer d’Aral étant une mer fermée

    (2) Langman : soupe de grosses nouilles servies partout en Asie Centrale ; plov : riz, carottes et coriandre ; chachlik : brochette de viande marinée ; saxoub : buisson poussant dans la steppe ; barkhane : dune de sable

    (3) Ouzbékistan, Afghanistan, Turkménistan, Tadjikistan

    Il a reçu le prix Albert Londres du livre pour Alpinistes de Staline (Stock, 2020)

    Florence Minferran

    Les routes de la soif
    Cédric Gras
    Éditions Stock
    (2025)

  • “Le sorcier et la luciole” de Christine Campadieu

    “Le sorcier et la luciole” de Christine Campadieu

    À la croisée du vin et de la littérature

    D’une lignée vigneronne, Christine Campadieu a longtemps été à la tête du Domaine de la Tour Vieille à Collioure (Pyrénées-Orientales). Rien ne la prédestinait à écrire, si ce n’est une rencontre, celle de l’auteur américain Jim Harrison, fan de ses vins, qu’elle visite dans sa propriété dans l’Arizona. Conjonction des grands espaces de l’ouest des États-Unis et de ses « grands espaces intérieurs » qui s’ouvrent dans un moment particulier de sa propre vie, débutent alors plus de dix ans de compagnonnage. Elle nous en livre un récit non linéaire, comme une réminiscence qui suit son fil intérieur.

    Jim Harrison a entrepris un pèlerinage sur la tombe de ses grands auteurs admirés, à commencer par Guillaume Apollinaire. Puis il poursuit sa route mémorielle en compagnie de Christine, tour à tour guide, traductrice, secrétaire, témoin de son quotidien et de sa création. Ils se retrouvent à Collioure, dans les pas du poète Antonio Machado, qui y est mort d’épuisement en 1939. Jim Harrison part en quête de sa sacoche perdue, qui contenait ses derniers écrits. Alors que Christine Campadieu part en quête d’elle-même : « Tout le monde s’inquiétait alors que je ressentais une liberté nouvelle qui poussait ».

    A Séville, sur les bords du Guadalquivir « berceau des poètes » il rejoint Machado et Federico Garcia Lorca. Le périple se poursuit à Grenade, où Garcia Lorca fut assassiné. Jim Harrison refuse de dormir dans la chambre d’hôtel qu’il occupait parce qu’elle « était hantée. Même le vin que je transportais était hanté. L’Espagne ne s’est jamais remise de ce meurtre » (La position du mort flottant, éd. Héros-Limite, 2021). C’est à Christine qu’il incombera d’y dormir. Il écrira encore : « Le fleuve charriait sans cesse ce fardeau d’ombre musicale jusqu’à l’océan. Au bord de la Méditerranée, j’ai entendu sa voix sur l’eau. » (op. cit.)

    Sur les hauteurs de la ville, là où Garcia Lorca a été vraisemblablement fusillé, le vin accompagne la cérémonie rituelle organisée par Jim Harrison, reliant les deux poètes d’un même geste. « Nous débouchons une bouteille de Mémoire d’automnes[vin de Christine élaboré à Collioure], en buvons chacun un peu au goulot, puis Jim va verser le vin sur le sol en décrivant un cercle sous les grands arbres. (…) Le chauffeur de taxi, Manolo, (…) a bu avec nous au goulot de la bouteille et il regarde Jim verser en cercle le liquide blond de ce vin élaboré sur les coteaux nourris par les restes de Machado ».

    L’irruption de l’imaginaire transparaît fréquemment dans la vie de l’écrivain, dans toutes ces histoires qu’il raconte à Christine, empreintes de rites indiens. Un peu Sorcier (Robert Laffont, 1998), il est surnommé le mugwa (l’ours en langue chippewah) qui part et revient des ténèbres. Magie de l’esprit, réalité tombent les frontières. Ne devient-elle pas elle-même une figure de roman pour lui ? « Durant ces voyages, j’ai grandi et j’ai immensément rêvé. Jim a vu en moi un personnage, une incarnation de sa « femme aux lucioles ».

    Ce compagnonnage du vin et de la littérature nous livre quelques inédits de Jim Harrison, croise ses amis écrivains américains, Richard Brautigan, Jim Fergus notamment. Il est aussi comme une entrée dans ses ouvrages, peuplé de gueuletons, de repas gargantuesques, de vins fins, en une carte des vins étourdissante : bierzo, vins du Priorat, cidres de Galice, chinon, manzanilla (beaucoup) parcourent ce récit. Car d’autres pèlerinages suivent, plus terre à terre. Les deux compères arpentent un autre Barcelone, celui des petits marchés et des bars populaires. À Arles, Jim Harrison fait halte après avoir visité son amie Lulu Peyraud, héroïne du Domaine Tempier à Bandol auquel il fait référence dans son œuvre. 

    À Paris, les retrouvailles sont scellées dans des repas faramineux à Saint-Germain-des-Prés. Sur le continent américain, Christine Campadieu participe aux célèbres parties de pêches et aux repas de chasse de l’écrivain autour de sa bande d’amis. Elle nous offre, en dernière partie, des recettes partagées avec l’écrivain, les fèves au boudin noir et au sage, la pintade à la catalane, le sofregit, la polenta de Linda Harrison ou l’agneau de Lulu Peyraud. Et que dire du ragoût d’ours mexicain ? Nous entrons avec elle dans l’intimité d’une œuvre, dans ses ressorts de chair, et dans l’intimité d’un créateur au crépuscule de sa vie.

    Le vin bu (la vodka coule aussi à flot) — toujours après 16h30 — se mue en objet littéraire. Ainsi, dans la bouteille vidée sur les collines de Grenade, Christine glisse deux petites pommes de pin. Jim, ensuite, date et signe l’étiquette, en un geste renouvelé en 2022 par sa fille Jamie sur la tombe de Machado. D’ailleurs, le rite funéraire pratiqué à Grenade — indien ? inventé ? — rappelle les rites funéraires antiques, qui laissaient provision de vin dans la tombe. Le breuvage appelle encore d’autres fonctions, comme un langage universel.

    Jim Harrison, qui ne parle qu’un anglais du Michigan « un répugnant charabia » est traduit par Christine, « même si dans la plupart des pays où je voyage, la terminologie de la nourriture et du vin ne me pose curieusement aucun problème » (Un sacré gueuleton, Flammarion, 2018) Entre pèlerinages, virées bacchiques et gastronomie multiorgasmique, une amitié est née, que la vigneronne gardait en elle. L’écrivain est mort en 2016. Il lui a peut-être légué le plus beau des cadeaux : un livre à écrire. C’est chose faite aujourd’hui, et de belle manière.

    Florence Monferran

    Le sorcier et la luciole
    Sur la route et à table avec Jim Harrison

    Christine Campadieu
    Éditions Nouriturfu (2024)
    Prix du Clos de Vougeot du festival Livres en vignes en 2024