Le titre du roman nous fait pressentir que, du ciel, viendra une catastrophe ; on en a la confirmation dès la première page : Il sonde le ciel, bouilli de colère, poings collés sur les hanches, un ciel qui a la couleur des mauvais jours. Il, c’est Bo, un petit garçon qui vit seul avec sa mère tandis que celle-ci s’éteint lentement, vaincue par ses démons. Partout dans cette histoire, les démons menacent et agissent, dans le ciel quand il déverse ses trombes d’eau destructives, comme dans le cœur des hommes en souffrance. Bo, dont nous faisons la connaissance au début, se dévoile à nous, nature rebelle, insolente et tout endolorie. Il fait le brave, façon de surmonter sa solitude et ses blessures, désespéré de ne pouvoir aider sa mère dont il supporte avec tendresse et ténacité les humeurs et les fugues. Il ne cesse de songer aux pupilles trop noires de sa mère. Son corps, une guerre molle où se livrent des combats invisibles. Le gamin le voit et il n’y peut rien. C’est lui qui bientôt nous mène à Isaac, homme bourru, taiseux, un peu sauvage mais à la bonté sous-jacente qui vit solitaire dans une maison en bois bâtie de ses propres mains au bord de la rivière, précisément là où Bo veut piéger des écrevisses pour les apporter à sa mère.
À ces deux personnages pétris de souffrance et de solitude se joint Alma, jeune voisine de Bo, une déracinée optimiste qui se gave de guimauves et de sucreries. Elle aussi, un jour, partie. Fuyarde décidée. Et elle était arrivée là, par le hasard de tous les pas qu’elle avait faits dans ses chaussures usées jusqu’à la corde. C’était en posant le pied dans cette rue que sa semelle droite, finalement, s’était trouée. Et Alma s’était arrêtée. Alors qu’une tempête incroyable se prépare et commence à sévir et dévaster êtres vivants et nature « Le ciel est un poumon immense. Il se mêle à la terre, engloutit les couleurs. La ville enrage » Le destin fait se rencontrer ces trois personnages, tous les trois très seuls et en lutte contre leurs démons, chacun à leur manière. N’ayant d’autre choix que de fuir le cataclysme qui s’est abattu sur eux et leurs habitations de fortune, ils vont trouver, malgré eux, la force de s’en sortir ensemble et de refonder un foyer, même provisoirement.
Des liens vont se créer, sur le chemin difficile d’une réparation hypothétique mais souhaitable. En expérimentant de façon forcée mais inéluctable le partage, la proximité, l’échange, ils saisissent la chance de se libérer de leurs blessures, de miser sur la confiance et de refouler la peur de l’inconnu et de l’exil, car les vents ne se sont pas contentés d’emporter les choses, ils ont aussi changé les gens.
Le récit est porté par la force naturelle de ses dialogues aux sons charnels et simples qui emportent le lecteur à côté des personnages sur le chemin de l’apaisement après la tempête. L’autrice, qui travaille dans le cinéma, sait évoquer dans ce premier roman très impressionnant, les images, les sons, les atmosphères où la poésie n’est pas absente.
Marie-Ange Hoffmann
le 31 mars 2026
Le ciel l’a mauvaise
Éléa Marini
Éditions de l’Olivier
2026


