« Promenade des anglais » d’Olympia Alberti

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Quel lien se tisse entre une « dame au regard bleu, vulnérable et doux » ; une mamie et ses filles attablées à La Rotonde dégustant des muffins ; une « dame qui écrit » ; une chroniqueuse imaginant la vie d’un couple « en apparence banal, sans histoires et sans relief » croisé sur la Prom’ ; Simone, la cousine d’Adrienne de Guerville, jadis si belle ; une tatie rêveuse que des initiales sur une malle délaissée transporte dans une autre vie … Elles sont douze femmes et le lien qui les unie, un brin nostalgique, ravive joie et peines d’autrefois au moment où le temps présent éteint « le désir d’aimer ».

Il y a comme un clin d’oeil à La Ronde d’Arthur Schnitzler, où dans un même lieu – La Rotonde – passe une clientèle d’habituées dans un décor où il n’y a que « saveurs en suspens et parfums en caresses ». Des femmes s’y installent, se régalent, jettent un œil débonnaire sur les tables voisines au cas où. Des destins se croisent et des vies se racontent. Les douze récits nous entraînent dans une ronde couleur d’enfance que l’arrivée à l’âge adulte interrompt.

L’auteure manie l’art de la nouvelle avec éclat, élégance, raffinement. En quelques mots, elle dessine des portraits qui donnent à voir, à ressentir. « Tant de beauté, retenue dans un visage où les rides témoignent d’impressions confuses, d’émotions arrêtées dans leur assimilation, surprend. » Pas de descriptions superflues, pas d’intrigues secondaires ; Comme en arrêt sur image, l’auteure reste au plus près de ses personnages, les sonde et nous les rend proches, familiers. Souvent un dialogue avec un ami, un proche, permet d’aborder des thèmes universels liés à la vieillesse : retrouver une présence, savoir encore dire l’amour, apprécier « le silence apaisé des soirs », « être lassée de la répétition des choses », savourer les petits plaisirs … et puis il y a la mer, la baie des anges, le Negresco et la promenade des anglais, où longtemps, très longtemps, « l’ombre du sang versé » (un soir de 14 juillet 2016) était là, respirable, et les âmes suspendues dans l’air, invisibles mais présentes ».

Remarquablement écrites, ces Nouvelles ont la douceur des muffins, des cakes à la frangipane, du chocolat, onctueux. Elles font vibrer nos sens. Le goût ; aux douceurs chocolatées s’ajoute la saveur nostalgique du passé qui se mêle à la saveur simple, de vivre. Le toucher ; la peau si fine et si fragile, les mains noueuses, les sourires, les regards. La vue bien sûr ; la mer, omniprésente. L’ouïe ; le cliquetis de couverts d’argent. L’odorat, avec l’odeur de renfermé des lieux jadis habités.

Olympia Alberti, est romancière, poétesse, essayiste, critique et chroniqueuse littéraire. En juin 2026, la réédition par Gallimard de son recueil de nouvelles Promenade des Anglais, initialement paru en 2001 à Nice par les éditions Melis, se voit décerner le Grand Prix de la Nouvelle de l’Académie française.

Claude Muslin

Promenade des anglais
Olympia Alberti
Ed. Gallimard
Mai 2026